L’art est-il un bon investissement ?

Pour cette 3e édition de la vente aux enchères d’œuvres d’art du Prix Juvenars, nous souhaitions revenir sur une question essentielle au marché artistique si spécifique: une œuvre d’art est elle un bon ou un mauvais investissement ?

Aussi vieux que les vestiges de nos premières civilisations les œuvres artistiques sont avant tout considérées comme des attributs esthétiques, parfois décoratifs ou encore culturels; somme toute, loin des considérations financières de rentabilité. Pourtant l’art est un placement privilégié depuis déjà plusieurs siècles et ce bien avant l’essor de notre économie de marché capitaliste.

Jusqu’alors réservés aux plus fortunés qui accordaient aux œuvres d’art une valeur souvent inestimable, la capitalisation et la dématérialisation des données permet d’ouvrir le marché d’art à de nouveaux investisseurs désireux.

Alors que les possibilités d’investissement se sont très fortement élargies aux classes sociales qui n’en avaient pas les possibilités il y a quelque décennies, l’achat d’art semble rester réservé aux classes les plus élevés et les investisseurs les plus fortunés : est-ce légitime ? Peut-on considérer l’art comme un investissement ? Tout le monde a-t-il à gagner à investir dans l’art ?

Lorsque l’on parle investissement il est tout naturel de penser d’abord immobilier, matières premières, capitalisation, rentabilité… toutes les notions corrélées à notre économie capitaliste moderne. Pourtant l’art a longtemps été un investissement très prisé et gage de fortune. Aujourd’hui, comparer aux nombreuses possibilités d’investissement il est difficile d’admettre une œuvre d’art comme un investissement potentiellement rentable.

L’achat d’art ne vous rapportera aucune rente directe, est difficilement estimable et n’est pas directement capitalisable sur les marchés.

Difficile alors d’imaginer que l’achat d’art est un placement sûr, malgré cela il existe plusieurs études réalisées depuis le 19e siècle qui ont tentées d’évaluer la rentabilité des achats d’œuvres d’art :

  • L’étude Baumol réalisée sur 600 transactions entre 1852 et 1961 montre une rentabilité de 0,5% annuelle de l’achat d’art
  • L’étude Frey réalisée sur 1200 transactions entre 1961 et 1987 montre une rentabilité de 1,5% annuelle de l’achat d’art
  • L’étude Channel Varey Gainsbourg réalisée entre 1957 et 1980 sur toutes les transactions de 32 artistes sélectionnés montre une rentabilité de 5,5% annuelle

Celles-ci montrent bien une rentabilité de l’achat d’art, certes moins lucratif qu’un placement financier mais pas moins gratifiant qu’un placement réussi et surtout souvent moins risqué (eh oui, le cours de votre tableau ne risque pas de s’effondrer).

L’achat d’œuvre d’art est bien un investissement hybride en ce que sa valeur ne repose pas uniquement sur les profits pécuniaires. Avant de pouvoir considérer une œuvre d’art comme un placement financier potentiel il est clair que sa valeur tient sur l’intérêt culturel de l’œuvre.

L’œuvre artistique s’inscrit dans un courant, dans une époque, elle est le témoin de marqueurs historiques, le garant de la transmission de connaissances aussi vieilles que l’homme moderne, le moyen de transmettre l’émotion, l’imagination.

Si l’on croit Nietzsch « Ce n’est pas l’histoire mais l’art qui exprime la vraie vie » et si l’on écoute Aristote « Les productions de l’art ont leurs valeurs en elles même ».

Ainsi, l’art est avant tout un achat plaisant, l’œuvre d’art est d’abord là pour être contemplée, pour que l’on s’en imprègne, à exposer chez soi dans un commerce ou dans un musée, l’art est là pour élever l’être humain, pour étoffer ses connaissances. L’achat d’art est ainsi un investissement pour soi, un investissement humain dont la valeur n’a pas nécessairement vocation à être chiffrée.

Si vous décidez d’acheter une œuvre d’art pensez que cet investissement vous le faites d’abord pour l’esprit, le vôtre et celui de vos proches ; pensez aussi que vous le faites pour votre patrimoine, tant dans une optique de légation que par intérêt pécunier. D’ailleurs pour conjuguer ces deux critères il faut savoir que la transmission de patrimoine artistique bénéficie d’une réduction voire d’une exonération d’impôt selon le montant de la transaction.

De facto, l’œuvre d’art, quel que soit son montant, présente un investissement des plus intéressants pour la multiplicité des intérêts qu’elle peut offrir : à la fois parce qu’au final il n’est pas si difficile de faire une plus-value sur une œuvre bien choisie mais aussi parce qu’il sera possible de profiter à volonté de son capital satisfaction tant que vous serez en sa possession.

En conclusion, une œuvre d’art c’est un peu comme un bon vin, plus elle vieillit plus elle prend de la valeur ; investir dans l’art c’est investir dans l’avenir !

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